Edgar Sarin est un peintre et sculpteur français originaire de Marseille, anciennement ingénieur. Son travail s’intéresse, entre autres, aux notions de temps, de civilisations et de lien entre l’homme et la matière. Il se sent proche des formes très anciennes et considère qu’il n’existe pas de hiérarchie entre le passé et le présent : les formes traversent le temps, se transforment, mais continuent d’exister. On peut percevoir, dans son travail, une tension entre un retour aux origines et une ouverture vers l’avenir. Il nous invite ainsi à imaginer un monde reconstruit, en réactivant des formes anciennes dans le présent. Dans un contexte actuel marqué par la désorientation et les crises climatiques, cela permet de redonner de la force aux idées, gestes et savoir-faire qui survivent par ce biais.
Exposition inédite à découvrir jusqu'au 1er novembre 2026
L’exposition Pow. r. toc h. au Donjon de Vez
Pour Edgar Sarin, cette exposition est à la fois très construite et, parallèlement, un élément vivant, qui évolue quasiment de façon indépendante. Les œuvres sont positionnées comme s’il cherchait à occuper un espace progressivement. Cette exposition se tient principalement dans la Chapelle, un lieu tout particulier où chaque espace revêt une fonction et une architecture forte. Edgar Sarin va alors exposer ses œuvres comme des façons d’habiter l’espace : parfois de façon bien organisée, et parfois avec des gestes spontanés.
À l’extérieur : une sculpture figée
À l’extérieur des remparts, l’artiste installe Bronze aux amphores (2026). Ces objets anciens, servant autrefois à transporter et stocker des marchandises, servent ici d’inspiration pour une œuvre monumentale. Transformées en bronze, revêtant ainsi un aspect lourd et permanent, ces amphores sont empilées les unes sur les autres. Ces objets, autrefois faits pour être en mouvement, deviennent immobiles. Leur sens et leur présence sont donc complètement altérés et donnent au Donjon de Vez un nouvel élan.


Equilibre et perception dans la Salle Buren
Dans cette salle accueillant les vitraux de Daniel Buren, Edgar Sarin présente deux tableaux : Hildegard von Bingen series (2026). S’inspirant des plafonds étoilés anciens, et des visions mystiques d’Hildegard von Bingen, il fait ainsi apparaître une nouvelle image dans des tableaux anciens, révélant ainsi une nouvelle œuvre dans l’œuvre.
Vous pouvez aussi découvrir dans cette salle Héroïne égyptienne (2026). Cette sculpture, faite à partir d’une sculpture de Maillol joue sur l’équilibre, le rapport entre plein et vide et les changements de perception selon l’angle de vue.
La chapelle est un lieu chargé d’histoire, et cette exposition ajoute de nombreuses significations et une toute nouvelle perspective.
La salle des gardes, un espace de transition
La salle des gardes est un lieu de transition entre l’extérieur et l’intérieur. Elle rappelle une idée simple exprimée par le poète Pierre Albert-Birot : « Le monde bat de l’autre côté de ma porte ». Dans cet espace, Edgar Sarin installe Architecture n°1 – principe flexible (2026).
Il crée ici une structure fonctionnelle : une sorte de tente, pensée pour être déplacée et habitée. Cette tente, faite pour une seule personne, ressemble à un abri minimal, ce que le philosophe Gaston Bachelard appelle « l’absolu du refuge ». Autour, on trouve des objets en bois qui suggèrent une présence humaine. Il ajoute aussi une sculpture de la série Haniwa (2023), inspirée d’objets funéraires japonais placés autour des tombes.


Charpente Eiffel, un lien entre le monde mortel et immortel
Dans cette salle sous les toits, l’artiste installe deux œuvres : un Sarcophage (2025), un Nouveau Monument (2026) inspiré d’un ex-voto gallo-romain. Ces objets ont un point commun : ils servent à faire le lien entre les vivants et les morts, ou entre les humains et les dieux.
Un ventilateur met l’air en mouvement devant ces œuvres, rendant l’air visible et donnant l’impression que l’espace est traversé par quelque chose d’invisible, telle une trace laissée dans le ciel.
Avec ce geste simple, Edgar Sarin insiste sur un moment très fragile, presque imperceptible, que le philosophe Vladimir Jankélévitch appelle le « presque-rien » : quelque chose d’invisible, qu’on ressent sans pouvoir vraiment le définir.
Une logique entre règle et hasard
Dans toute l’exposition, Edgar Sarin alterne entre des gestes simples qui reviennent souvent (empiler, creuser, graver), et des interventions plus imprévisibles. Cela crée un équilibre entre système et spontanéité. Cette exposition unique n’est pas pensée pour être entièrement expliquée mais pour laisser libre cours à la pensée des visiteurs. Les œuvres existent dans l’espace et le visiteur est libre de circuler, de ressentir, et peu à peu d’habiter le lieu lui-même. Grâce à cette exposition, Edgar Sarin transforme ce lieu historique en un espace vivant, où les œuvres abordent les thèmes de mémoire, de passage et de présence, un lien entre passé et présent. Cette exposition est à découvrir jusqu’au 1er novembre 2026.




